La Crochère

1911-12

Cette section de la commune de Châtel de Joux, tire sa dénomination d’une montagne appelée « la Crochère » et qui fait partie de la chaîne des monts de l’Echine.

Elle se trouve dans le premier vallon qui au bas et parallèlement à la ligne de rochers dominant à l’est, la vallée d’Etival renferme aussi les deux lacs et le village des Ronchaux.

A la distance d’environ deux kilomètres, à l’est de Châtel de Joux et sur le chemin du Grand-Vaux, ce hameau compte actuellement 6 feux et 34 habitants.

Ce coin de vallon, on peut l’affirmer sans crainte, fut habité aussitôt que les autres parties de la vallée.

La terre y est moins fertile et la présence des deux lacs aux abondantes eaux, fut dès les premiers défrichements la cause de l’établissement de scieries et de moulins à l’usage et nécessité des habitants.
Dès la présence des premiers colons le déversoir du grand lac est dirigé et disposé en ruisseau ou héreux suivant le langages de l’époque, le long de cet héreux de distance en distance s’établirent différentes usines.

Sans parler d’un martinet, forge ou rible à chanvre, puis d’une poterie que semble indiquer les lieudits « sous le pilon », « en la ponterie ».

Ce sont en partant du lac , une scierie et moulin à bled, dénommé au XVII° siècle « Moulin de Danneinge » puis une scierie moulin à bled « Moulin sous la Crochère » « moulin du Fresnois » appartenant dès 1550 à M. de Légna , qui nous le verrons possédait une certaine étendue de terrain à la Crochère ; et enfin deux scieries et moulins « de Contre-Chaux ».

En 1667 le moulin du Fresnois bannal aux habitants de Châtel de Joux, possédé par le sieur Simon de Clairvaux; est affecté de 17 mesures de froment, 24 rez d’avoine et d’une jambe de porc.

Détruites pendant les invasions et les guerres ces usines du moins celle de Fresnois (scierie Berrod) et l’une des deux de Contre-Chaux (scierie Faivre) ont été restaurées et fonctionnent très bien actuellement.     (Voir plan du hameau en 1833)

Chevance d’Oiselet de Lègna M. d’Oiselet de Lègna outre le moulin à scie possédait à la Crochère une grange avec autour plus de 130 soitures de prels, champs, broussailles et bois.
Les d’Oiselet, comme nous l’avons vu, étaient suivant Jean Leroux « du nombre des nobles de la Comté qui sont du pays des grands barons. L’adage de leur famille était     « Biendisance d’Oyselet »
Une dame d’Oiselet donna les plus grandes preuves de courage lorsque pendant les guerres de Louis XI, les Français assiégèrent et prirent le château d’Oiselet. Son mari était blessé de plusieurs coups et hors de combat. Mais, dit Gollut : « La dame sa femme, dame de cœur viril et douée de grandeur de corps et forces d’amazone, vint et accourut au bruit et à la brèche, et arrachant une hallebarde, (qu’elle ôta a un officier ennemie) tua quelques soldats, commençant par celui auquel la hallebarde appartenait. »
Cependant elle fut arrêtée avec son mari et avec Jean d’Oiseley son beau-frère, qu’on envoya prisonnier en Champagne où il fit « en soulas de sa prison » dit encore Gollut, quelques poèmes et traductions des histoires passées.
Marie-François Oiselet de Légna conseiller à la chambre des requêtes en 1785 habitait alors rue des granges à Besançon. Emigré lors des premiers jours de la Révolution , il vit ses terres de la Crochère confisquées par l’ Etat et vendues comme biens nationaux en date « du onzième du mois de Floréal , l’an second de la République Française » (30 avril 1794).
Ce fut François-Joseph Piard , qui en son nom et celui de ses sept frères , tous demeurant alors à la ferme  » des Levées » devint acquéreur de la grange et de toutes les terres en dépendant.

Cette grange moitié ruinée et demandant beaucoup de réparations était alors tenue et habitée par les frères Alexis et Denis Berrod.
Dans une première enchère ce domaine avait été adjugé pour la somme de 7.800 fr ; mais plusieurs surenchères furent mises par divers amateurs . Enfin le tout fut adjugé pour la somme de 27.500Fr, l’an 7 de la République Française (année 1799) , les frères Piard au lieu de faire des réparations , sans doute coûteuses , et de peu de durée , démolirent la grange et bâtirent sur son emplacement la vaste maison que l’on voit encore aujourd’hui (grosse ferme ou maison Piard)

Chevance des de Favier de Moirans , La famille de Ronchaux dont nous parlerons plus amplement au titre « Etival » possédait dès les XIV et XV °Siècles , une assez grande étendue de la terre à la Crochère , sans doute une véritable chevance comme capitaine-Châtelain des Sires de Clairvaux.
Cette terre avec sa grange du Fresnois dans les vieux titres, passa par la suite d’alliance et d’acquisition entre les mains de noble Guillaume Favier de Moyrans époux de Delle Anne de Ronchaux.
Nous voyons en effet « en 1634 , le sieur Guillaume de Favier ,fournir au seigneur de Châtel-de-Joux , le dénombrement des châteaux ,maisons fortes , granges , prels , champs , curtils , vergiers , qu’il avait acquis et acheté de Noble sieur Philibert de Ronchaux , que je crois être l’oncle et peut-être le père de Anne de Ronchaux, sa femme » ( Première famille « de Ronchaux ».)
Jean Favier le vieux , Jean Favier le jeune , Claude Favier furent anoblis par Charles-Quint en 1544 , selon les registres de la cour des comptes , et par Philippe II en 1563 , selon ceux du Parlement .
Cette famille habitait Moyrans dans la terre de Saint-Claude et fut affranchie de la main-morte par son anoblissement.
Ses armes étaient : d’or à trois gousses de faine d’azur, mis en pal , feuilles de même »
Guillaume de Favier eût d’Anne de Ronchaux son épouse un fils Aymé ou Edme de Favier « le 25 mai 1655 , par devant Anatoile Berrez ,notaire à Estival , de l’authorité de ses père et mère Guillaume de Favier et Anne de Ronchaux, Aymé de Favier établit une fondation perpétuelle de quatre messes annuelles et d’un Salve Regina hebdomadaire en la chapelle d’Estival. Cette fondation fut acceptée par vénérable et discrète personne messire André Grand, dit Fenney , prêtre chapelain perpétuel de la chapelle de Notre-Dame d’Estival »
Aymé ou Edme de Favier n’eut qu’une fille qu’il maria au sieur Romanet, de son mariage avec la Delle de Favier, n’eut lui même qu’une fille unique qui fût l’ héritière universelle de tous les biens possédés à la Crochère , par son aïeul maternel.

 » En 1698, la grange de Fresnois en possession de Melle de Romanet de Moyrans, était occupée et mise en valeur par une famille du nom de Janlorant , (Jean-Laurent). Cette famille composée de 5 frères et de leur mère, vivaient bien moins du produit de leur ferme que d’actes de brigandages et d’assassinats commis sur les pèlerins se rendant au tombeau du grand thaumaturge Saint-Claude.
Auprès de la ferme, en effet passait un sentier (actuellement encore dénommé sentier des Pèlerins) qui montant la Chenalette , tirait directement à Saint-Claude passant par les Piards et La Landau. Combien d’années et sur combien de victimes ces brigands exercèrent-ils leur sanguinaire métier?

J’essaierai de le dire plus tard en transcrivant sur le bulletin ce que la tradition et les notes que j’ai pu me procurer , nous ont conservées de cette véritable histoire de brigands qui est loin d’être une légende. Arrêtés « sur dénonciation d’honorable Robin Devaux dit Fanez, du village des Ronchaux, échappé providentiellement à leurs poignards, ces brigands furent condamnés à être roués et brûlés vifs.

La ferme du Fresnois souillée du sang de tant de victimes et devenue un lieu exécrable, demeura 12 ans sans locataire. Ce voyant, Melle de Romanet vendit en 1711, la ferme et les terres en dépendant à Henry Midol-Maréschal, époux de Claudine Dona Bareau, tous deux natifs de Fort-du-Plasne et main-mortables du Grand-Vaux, mais demeurant à Estival. »

Par le mariage de Delle Angèle Bayard, (Bayard de la Ferté) avec l’honorable André Mareschal, fils de Henry Maréchal vinrent se joindre à l’acquisition susdite, les « 200 soitures de prels, champs, bois que dès le XVIII ° siècle possédait à la Crochère, un sieur Bayard.
De cette alliance vint aussi la parenté de MM les colonels Buffet , et leur titre d’héritage des biens des Mareschal.
La grange maudite des Janlorant, est complètement ruinée, (néanmoins il en reste encore quelques vestiges dans le jardin de la ferme actuelle.) Celle-ci bâtie de l’autre coté du sentier des pèlerins, appartient à Madame veuve Moreau de Lons-le-Saunier.

Elle est occupée depuis plus de 20 ans par les frères Perrier.
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